19/05/2017

Et pour quelques briques de plus !

En 2012, la droite du Grand Conseil votait avec enthousiasme et à une large majorité le projet de loi 10891-A, qui permettait de doubler la densité des constructions sur les parcelles en zone villa, sans nécessité de modification de zone (en cinquième zone, la surface de la construction ne doit normalement pas excéder 25% de la surface de la parcelle). Le milieu immobilier trouvait là le moyen d’avoir les coudées franches jusqu’à 50% selon les cas.

La CGI, par la voix de son secrétaire général Christophe Aumeunier, se félicitait alors de « faire glisser le curseur d’augmentation des densités sans bouleverser le régime de la zone qui reste en parfaite conformité avec la loi » (1).

Cela semblait certes une bonne idée, « win-win » comme on dit. On construit du logement rapidement pour des gens qui rêvent de s’installer en zone villa, on fait du profit, tout le monde est content. Pour optimiser l’espace, on choisit principalement le modèle « bunker », qu’on empile un peu partout. Ca tombe bien, la villa LEGO est à la mode chez les architectes et fait briller les yeux des jeunes familles.

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Seulement, depuis 2012, la machine s’est quelque peu emballée. L’article 59 alinéa 4 de la LCI (2) modifié par le Grand Conseil fait fureur, et est invoqué à plein régime. A Chêne-Bougeries, notamment. Des chiffres? Dans cette commune qui comporte 70 % de zone villa, 239 logements ont été construits ou sont en processus de construction en 4 ans et demi dans la zone 5, contre 173 pendant les 9 années qui ont précédé. Soit 310% d’augmentation de la moyenne annuelle depuis l’entrée en vigueur de la modification de la loi.

Cette accélération vertigineuse ne peut pas se faire sans la pression constante des promoteurs sur  les propriétaires de villas anciennes, qui sont souvent des personnes âgées. Car pour densifier et poser des bunkers bien serrés, il faut d’abord trouver de bons terrains, et démolir les anciennes maisons. Alors, on harcèle des personnes fragiles, on les pousse à vendre. Courriers, téléphones, visites à la porte, tout est bon.

Pour les communes, les conséquences sont importantes: ces nouvelles constructions entassées sur les parcelles de la zone villa échappent à toute planification stratégique cantonale ou communale. Comment dès lors prévoir suffisamment en amont les équipements publics (écoles, crèches, jauge des canalisations, levée des déchets, mobilité) nécessaires à l’arrivée de ces nombreux nouveaux habitants abrités dans toutes ces briques LEGO éparpillées sur le territoire communal ?

Malgré la gravité de la situation, il est piquant de constater que d’éminentes communes qui sont des bastions PLR sont les plus virulentes contre les effets de la modification de cette loi voulue et votée par leur propre bord politique, et qu’elles n’hésitent pas à faire systématiquement recours contre son application (souvent en vain, d’ailleurs). Le PLR est en train de scier la zone villa sur laquelle il est confortablement assis, et la modification de l’article 59 de la LCI pourrait bien lui rester dans le futur en travers de la gorge.

 

Catherine Armand
Conseillère municipale à Chêne-Bougeries
Membre du Parti Radical de Gauche - Genève

 

(1)  Source : http://www.cgionline.ch/usersimage/File/CGI-06122012.pdf

 

(2)  Loi sur les constructions et les installations diverses (LCI)

Art 59 alinéa 4

Lorsque les circonstances le justifient et que cette mesure est compatible avec le caractère, l’harmonie et l’aménagement du quartier, le département :

  1. a) peut autoriser, après consultation de la commune et de la commission d’architecture, un projet de construction en ordre contigu ou sous forme d’habitat groupé dont la surface de plancher habitable n’excède pas 40% de la surface du terrain, 44% lorsque la construction est conforme à un standard de haute performance énergétique, 48% lorsque la construction est conforme à un standard de très haute performance énergétique, reconnue comme telle par le service compétent;
  1. b) peut autoriser exceptionnellement, lorsque la surface totale de la parcelle ou d’un ensemble de parcelles contiguës est supérieure à 5 000 m2, avec l’accord de la commune exprimé sous la forme d’une délibération municipale et après la consultation de la commission d’architecture, un projet de construction en ordre contigu ou sous forme d’habitat groupé dont la surface de plancher habitable n’excède pas 50% de la surface du terrain, 55% lorsque la construction est conforme à un standard de haute performance énergétique, 60% lorsque la construction est conforme à un standard de très haute performance énergétique, reconnue comme telle par le service compétent.

Source: http://www.ge.ch/legislation/rsg/f/s/rsg_l5_05.html

 

 

18/04/2017

À GAUCHE, MAIS PAS AVEC N'IMPORTE QUI

Nous publions ici une texte de notre président, Pierre Gauthier, expliquant les raisons de sa démission du groupe Ensemble à Gauche du Grand Conseil.

Lors de la dernière assemblée générale ordinaire du Parti Radical de Gauche (PRG), j’ai proposé de démissionner du groupe parlementaire Ensemble à Gauche (EàG) au Grand Conseil genevois. Cette proposition a été validée par l’assemblée et je siège désormais comme député indépendant.

Marquer la rupture

La première raison de cette démission est qu’il était indispensable de marquer la rupture avec le comportement antidémocratique de solidaritéS, principale composante du groupe parlementaire EàG. Je suis moi-même l’un des fondateurs d'Ensemble à Gauche. Je me suis investi pour réunir les différentes forces de gauche en 2011. Or, je suis aujourd'hui forcé de constater que l’union est impossible et qu’elle n'est clairement pas souhaitée par certaines composantes qui ont tout fait pour m’empêcher d’exercer mon mandat politique depuis la rentrée de septembre 2016.

Sans aucun respect pour les électrices et électeurs qui m’ont élu député, solidaritéS (pourtant minoritaire au sein d’EàG) a intrigué et sans doute manipulé d’autres élus du groupe afin de m’interdire de siéger dans les commissions parlementaires dont j’étais titulaire. Il m’était dès lors impossible d’accomplir mon mandat et notamment de défendre le projet de loi sur la laïcité que j’ai déposé.

Troisième révolution industrielle

La deuxième raison est d’ordre politique. Sous les coups de boutoir d’une mondialisation destructrice et d’une technologie de communication toujours plus envahissante, l’environnement, les rapports de travail, la famille, les loisirs ou encore la scolarité, toutes nos vies sont totalement chamboulées.

Pour ne prendre qu’un seul exemple, le monde du travail est devenu d’une incroyable dureté. La prédation économique devient la règle et, l’illusoire partage des richesses n’est plus qu’un lointain souvenir. Une minorité agissant hors de toutes normes et de lois internationales, nationales ou régionales ne cesse d’accumuler des biens alors que la pauvreté, voire la misère, s’étend toujours plus, jusqu’à frapper ce que l’on nomme la « classe moyenne ». Or, pour combattre cette régression sociale et économique, les solutions du XIXème siècle sont inopérantes face aux enjeux du XXIème.

Le local, une valeur sûre

Nous devons donc nous orienter vers le futur. La dogmatique du microcosme d’extrême gauche ne représente plus les valeurs de la gauche républicaine, laïque et sociale.

Depuis sa fondation, en été 2016, le PRG s’est attaché à refonder radicalement les valeurs de la gauche et à les confronter à la réalité de la vie quotidienne des citoyens et habitants de notre canton. Il a entrepris de préciser son programme et ses orientations politiques par la consultation et la participation active de ses adhérents et sympathisants. Avec comme idées maîtresses le « retour à la République » et « le local, une valeur sûre », l’action politique du PRG aux plans tant municipal que cantonal se fonde désormais sur la défense de la qualité de vie à Genève, sur le renforcement des valeurs républicaines et de la laïcité ainsi que sur l’indispensable développement économique de notre Cité et de la région dont l’expansion internationale ne doit pas se faire au détriment des habitants.

Pierre Gauthier, président du PRG

 

13/02/2017

RIE III, une bataille de gagnée

Le refus massif de RIE III par le corps électoral suisse démontre que les électeurs n'ont pas été dupes du chantage à l'emploi et à celui de l'exode fiscal des entreprises. Il est également un signe explicite à l'encontre du Conseil Fédéral. Celui-ci devra revoir sa copie afin de présenter un projet réellement équitable.  La RIE III bis ne pourra pas faire la part belle à des allègements fiscaux scandaleux; a fortiori dans un contexte où les autorités brandissent le spectre d'une pseudo austérité pour réclamer davantage d'efforts de la part des citoyens.

A Genève également le message ne souffre d'aucune ambiguïté : le Conseil d’État devra revoir son projet s'il veut lui faire passer la rampe. Les multinationales et les sociétés de capitaux bénéficient de suffisamment de cadeaux fiscaux, il est hors de question que les contribuables genevois compensent d'une manière ou d'une autre les pertes fiscales, pas plus qu'il ne sera toléré que la réforme de l'imposition des entreprises passe par un démantèlement des services publics.